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Pollution et mortalité des poissons dans l’Escaut

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  • Publié le 08.05.2020
  • Poissons
  • Pollutions accidentelles et système d'avertissement et d'alerte

Comme nous vous l’indiquions dans notre communiqué du 22 avril 2020, depuis le week-end de Pâques, une pollution d’ampleur affecte le bassin de l’Escaut.  Suite à la rupture de berge d’un bassin de décantation de la sucrerie Téréos, située près de Thun Saint-Martin dans le nord de la France, 100.000 m3 d’eau de lavage de betteraves se sont déversées dont une partie a rejoint le fleuve Escaut. Dans les jours qui suivent, de fortes mortalités de poissons ont été rapportées dans la presse locale et sur les réseaux sociaux.  L’Office français de la Biodiversité (OFB), police de l’environnement, a procédé à des mesures et une enquête judiciaire relative à des faits de pollution des eaux superficielles a été ouverte.

Le Système d’Avertissement et d’Alerte de l’Escaut (SAAE), outil de communication entre autorités  compétentes de la gestion des eaux du bassin de l’Escaut, mis en place par la Commission Internationale de l’Escaut il y a une vingtaine  d’années a été mobilisé  pour échanger des informations et suivre cet épisode de pollution.

Le 19 avril 2020, une forte baisse des teneurs en oxygène est constatée dans l’Escaut à la frontière franco-belge, à Bléharies. La décomposition de la pulpe de betteraves, par des bactéries, occasionne une très forte consommation d’oxygène, privant le milieu aquatique de l’oxygène nécessaire à la vie des organismes vivants aérobies, donc pas seulement les poissons. Il faut noter que le volume déversé dans l’Escaut représente l’équivalent de plus de 3000 conteneurs standards ou d’une trentaine de piscines olympiques et cette masse de pulpe de betterave se déplace très lentement dans l’Escaut, depuis le nord de la France passant ensuite par la Wallonie puis la Flandre.

Le soir du 20 avril 2020, une forte mortalité piscicole est observée à Espierre-Hellequin. Quatre pompes sont mises en place à l’écluse de Herinnes. Les services wallons alertent la Flandre et les Pays-Bas à travers le Système d’Avertissement et d’Alerte de l’Escaut (SAAE).

Le 21 avril 2020, en Flandre, la Vlaamse Milieumaatschappij (VMM) décide d’une intervention massive en ajoutant de l’oxygène aux eaux de l’Escaut. La VMM coordonne ces actions avec la Vlaamse Waterweg, l’Agence Natuur en Bos, l’Institut de Recherche de la Nature et des Forêts, les services locaux des pompiers et la Protection civile, Aquafin, et Air Liquide. Sur le tronçon entre Audenarde et Gand, des actions sont menées, entre autres à Zingem, à l’écluse d’Asper, à Gavere et à Semmerzake. L’aération, la purification d’eau polluée et l’ajout d’eau permettent de diluer la pollution et d’éviter une mortalité piscicole massive à partir d’Audenarde.

Notons que des bénévoles en Wallonie et en Flandre ont également aidé à transférer les poissons encore vivants dans des eaux en bonne condition situées à proximité. L’engagement d’innombrables bénévoles, des pompiers, de la protection civile, des différents services de pêche et de protection de l’environnement, dans les différentes régions, est à souligner, particulièrement en ces temps difficile de confinement, même si les résultats ne sont malheureusement pas toujours à la hauteur des efforts fournis. “Nous leur sommes reconnaissants d’avoir été disponibles jour et nuit afin d’accomplir cette opération de sauvetage”, déclare Leon Dhaene, Secrétaire général de la Commission Internationale de l’Escaut.

Avant d’atteindre la ville de Gand, la pollution est déviée via le Ringvaart vers le canal de Gand-Terneuzen.

La mortalité piscicole s’est donc surtout produite en France et en Wallonie où la quasi-totalité des populations de poissons présentes dans le fleuve sont décimées, et une mortalité piscicole massive a  pu être évitée en Flandre. Sporadiquement la population continue à déceler en aval des poissons morts, incluant malheureusement parfois des espèces uniques, comme une grande alose morte retirée par INBO à hauteur d’Avelgem.

Les autorités françaises, sous l’autorité de Monsieur Michel Lalande, préfet des Hauts de France et préfet du département du Nord, ont ordonné une investigation officielle.